Mon inconscient a l’hypocrisie de s’exprimer en actes manqués. Et quand je dis “manqués”, j’ai la politesse de m’exprimer en euphémismes.
Faut dire que ce serait inconscient de manquer de respect envers son inconscient, on ne sait jamais quel tour il peut nous jouer pour se venger : un cauchemar, une phrase qui nous échappe. Et puis, il est par définition cette partie de nous qui nous échappe, alors pour le ratrapper, on peut toujours courir…
L’inconscient a beaucoup de défauts mais c’est quand même un sacré artiste, le créatif par excellence et ça aussi, ça force le respect. Au fait, vous connaissez le plus grand poète de tous les temps ? Il n’est pas connu, il est du genre à se cacher, honteux, à s’excuser d’être aussi talentueux. Il s’appelle lapsus. Me dîtes pas que vous ne le connaissez pas, hein.
Quel est le lien avec la digestion ? Ben, c’est pourtant évident, non ? Le labsus trahit la digestion psychique comme les gaz trahissent la digestion physique. Ça nous échappe, c’est souvent embarrassant, parfois crade, mais c’est tellement naturel.
Kurt Cobain était passionné par le système digestif… jusqu’à en avoir un ulcère. C’est quand même fou ce qu’on peut nouer comme métaphores avec un simple intestin. C’était juste un petit prétexte à lui rendre (sic) un hommage mal-à-bile.
Bref, tout ca pour dire que ce qui rentre finit toujours par sortir, d’une manière où d’une autre. Ça ne sert à rien de serrer les sphincters de la bienséance. En parlant de bienséance, je bouge de plus en plus sur ma chaise, je crois bien qu’il faut que j’aille faire caca.
On écrit des romans sur eux, on les adapte au cinéma, ils sont cités en exemples… non, en modèles dans les écoles de criminologie. Leurs empreintes, leurs traces d’ADN, leurs cheveux ou même leurs poils plus… frisés sont conservés comme le Saint Suaire. Tout est épluché, analysé, en vain.
Même Scotland Yard n’a pu réellement percer le mystère de Jack l’Amocheur , Ted Bundy, Nathaniel Fisher, Dexter, et autres légendes plus ou moins vivantes de la mort en série(s). Est-ce qu’ils tuent par plaisir, par haine, pour l’argent ou pour tuer le temps ? Fatalement, on en revient toujours à la même question : “Pourquoi est-il aussi méchant ?”.
Alors on cherche les raisons dans leur passé, mais on se fourre le doigt dans l’oeil jusqu’à l’épaule en les psychanalysant jusqu’à l’enfance. La raison profonde qui transforme un homme ordinaire en découpeur de poulettes, je l’ai découverte à mes dépens (et aux dépens de mes victimes) au cours des 2 dernières semaines. Ça m’a d’ailleurs laissé le temps de peaufiner ma technique, c’est devenu ma routine matinale. La police criminelle appelle ça vulgairement un “protocole”, j’appelle ça un sacro-saint rituel.
Vous me connaissez, je ne laisse rien au hasard, tout est calculé, minutieusement préparé chez moi. Tous les matins, mon réveil sonne à 7H59 pour que je me lève à 8H00. Précisément. Ensuite, mon réveil passe par les pieds, premier frisson sur le carrelage mouillé, glissant et glaçant. Puis vient la douche, glaciale. A tel point que je doute que ce soit vraiment de l’eau. A cette température, il est plus plausible que ce soit de l’azote liquide. Ça vous prend, ça vous saisit, ça vous brûle de froid. Pas étonnant que je sois devenu givré…
J’en ressors avec les dents claquantes, le coeur de glace et l’humeur assassine. Et là, il n’y a plus qu’une envie qui me démange, celle d’assouvir mon appétit meurtrier, or c’est bien connu, le petit-déjeuner est un plat qui se mange de sang-froid. Et puis le froid et l’effroi se suivent comme des ombres…
Le choix des victimes (je vais vous décevoir) ne se fait pas selon des critères définis. C’est au feeling ces choses-là, comme l’amour, et si on rationalise ça perd son charme. Je leur croque les pétales sans même leur compter fleurette et elles (ne) répondent (plus) aux doux noms de Muesli, Frosties, Crunch ou Coco Pops. Oui, je suis un céréale killer, et je l’assume.
Une fois choisie, je rassemble mes outils et je la broie lentement, très lentement, je savoure. Je l’arrose de lait frais et d’une pincée de sucre et c’est un crime parfait, surtout accompagné du jus de chaussette offert par la maison.
Je vous épargne les détails, si croustillants soient-ils, mais ce que je peux vous dire, c’est que je termine en léchant mon couteau souillé et rougi… de confiture de fraise. J’ai sur les lèvres des “moustaches” de chocolat et un rictus trahissant l’immense satisfaction du passage à l’acte. Voilà comment “opère” Nescouik, le tueur du petit-déjeuner.
Je disais donc, la douche froide, il n’y a rien de tel pour réveiller… les pulsions les plus destructrices et faire de n’importe quel homme (ou femme) un céréale killer. Mais que celui qui n’a jamais eu d’envies de meurtre après une douche Irlandaise me jette la première bière.
PS : Sinon, j’ai fait une chanson qui s’intitule “Bloody cold shower !”, mais j’ai que le refrain pour l’instant.
Demain à 14H, je décolle direction Dublin. Je vais laisser de côté le virtuel quelques temps et redevenir Frenchmat en vrai, c’est-à-dire le frenchie expatrié qui rencontre plein de gens et qui vit à 100 à l’heure. Cette fois-ci, ce ne sera pas l’insouciance de l’ERASMUS, il s’agit de trouver un boulot et puis de toute façon, je n’ai plus le foie de mes 20 ans, hein.
L’appréhension qu’on peut avoir avant de partir, c’est surtout une préparation mentale. Comme une anticipation pour ne plus en avoir une fois sur place. Là, je n’ai aucune appréhension, je crois que je la réserve pour là-bas, pour m’en servir de moteur. J’ai hâte, je m’y vois déjà, en fait j’y suis déjà. Une inquiétude substiste malgré tout : est-ce que je vais réussir à m’habituer à la Guinness?
Je vais laisser les commentaires et les mails ouverts. En mon absence, je vous recommande vivement de visiter les blogs qui se trouvent dans ma blogroll et de manger 5 fruits et légumes par jour
Tantôt boudeuse tantôt rieuse.
Tantôt sage tantôt hystérique.
Tantôt soumise tantôt farouche.
Tantôt ingénue tantôt chienne.
Féroce et douce.
Courageuse et fragile.
Tout ça à la fois.
Multiple et indivisible.
En ces temps difficiles où l’ascenseur social est en panne et l’escalier condamné, je tiens à vous délivrer un petit message d’espoir. C’est l’histoire d’un destin unique, une success-story à la Jérôme Kerviel, la conjonction improbable d’un brin d’opportunisme, d’une once de talent et surtout, de très peu de courage.
Salvatore a poursuivi des études mais c’était plutôt les études qui lui couraient après. Il n’était pas souvent en cours, il optimisait son parcours. D’ailleurs, il avait choisi la filière “Arts du spectacle” car il savait qu’il y avait des débouchés, beaucoup de débouchés, des litres de débouchés. C’était la belle vie, ne rien faire, hormis boire et fumer. Si en licence il a choisi l’option “Prestidigitation”, c’était pour mieux disparaître des bancs de la fac, “pouf !” dans un nuage de fumée.
Lorsque le CROUS ne voulut plus de lui, Salvatore se retrouva à la rue, il fût donc obligé de trouver un travail. Ses quelques bases théoriques en magie et son caractère bordélique le destinait naturellement vers le cirque. Le patron du cirque Bordini qui était une petite start-up en plein développement accepta de l’embaucher : “Bon d’accord, un gros boulet comme toi, ça peut faire l’affaire comme homme-canon”. Bien sûr, c’était un boulot très dangereux et peu valorisant, mais être “homme-canon” c’est déjà une belle revanche sur le destin quand on a un physique peu avantageux.
Le métier d’homme-canon ne nécessite aucune compétence particulière, il était donc un excellent homme-canon, peut-être même le meilleur. Et puis, il aimait ça. A vrai dire, c’était assez naturel chez lui, d’avoir le feu au derrière et la tête en l’air. Mais dans les métiers du cirque, la flexibilité n’est pas réservée aux contorsionnistes et Salvatore fut tour à tour cracheur de feu, jongleur, dresseur de tigres, ventriloque et enfin magicien.
Puis, un jour, la réputation de Bordini fût écorchée par la griffe du destin. Des tigres s’étaient échappés de leur cage et avaient dévoré quelques enfants au passage. Bordini SARL dût en assumer la responsabilité limitée et déposer le bilan. Après avoir été licencié en Arts du spectacle, Salvatore fut licencié du spectacle dans les règles de l’Art, c’est-à-dire à coups de zavatta. Commence alors une période sombre pour Salvatore, période de RMI, entre quelques tours de pickpocket et de rares missions d’homme-canon en free-lance. Et c’est à ce moment-là que l’enfant de la balle rebondit :
- “Pourquoi voulez-vous travailler dans notre banque ?”
- “Euh… ben, j’ai vu que vous recrutiez beaucoup en ce moment, alors… Et puis, j’aime bien faire la banque, au Monopoly.”
- “Pourquoi notre banque et pas une autre ?”
- “Ben… c’est une grande banque, une banque connue, et tout… et ça c’est bien. J’aime bien.”
- “Hum, je vois. Qu’est-ce que vous savez faire mieux que personne ?”
- ” Euh… je sais faire sortir un mouchoir de la narine droite d’une vieille dame, par exemple. Je sais aussi changer un billet de 20 € en pièces de 2 (en prenant mon pourboire, bien sûr) et d’autres illusions et tours de passe-passe.”
- “Ah, intéressant. Vous savez, en tant que banquiers, les tours de passe-passe c’est un peu notre métier. Dîtes-moi, vous ne sauriez pas faire disparaître des gens par hasard ? Ma supérieure, la DRH est une sale &#$/!%§ qui me fait faire tout le sale boulot. C’est à cause d’elle que je dois me coltiner les entretiens d’embauche de tout un tas de guignols dans votre genre.”
- “Ah non, je n’ai pas fait marionettiste, désolé. Je ne sais pas non plus faire disparaître des gens, mais j’ai déjà un tour absolument scie-dérant qui consiste à découper une femme en plusieurs morceaux.”
- “Oh ? Et ça marche à tous les coups ? Non parce qu’elle est coriace la vieille carne !”
- “Pour le découpage, oui, le plus délicat c’est de recoller les morceaux.”
- “Ça, ce n’est pas un problème. Hé bien, cher Salvatore, j’ai l’honneur de vous annoncer que vous êtes embauché !”
- “Merci Monsieur ! Vous ne le regretterez pas ! Sinon, euh… c’est payé combien la passe.”
- “Ah mais je vous l’ai dit, dans l’industrie bancaire nous sommes généralement rémunéré à la commission, pas à la passe.”
- “Excusez-moi, parfois ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre, déformation professionnelle.”
- “Ah ah, je sens qu’avec vous, on va se fendre la poire à coups de hache !”
- “Ben oui, justement… surtout la DRH.”
- “Et puis, en tant que manager, trancher c’est un peu mon métier.”
Salvatore s’occupa de celle qui aimait tant tailler dans le vif et le recruteur fut promu canif à la place du canif. Il organisa une petit réception pour célébrer cette promotion et la DRH en rondelles eut un succès retentissant, couchée sur les petits fours. Et c’est ainsi que Salvatore passa de magicien-pickpocket à gérant de portefeuilles dans une des plus grandes banques de France.
La ponctuation et la ponctualité ont des points en commun. Oui. Devant une allégation aussi fracassante, vous vous exclamez probablement :”ouais, et alors ?”. Et alors, je vais vous le prouver, je vais même citer mes sources (j’aime m’autociter).
Vous avez déjà lu quelque part que je mettais du retard dans ma vie comme on met du piment dans une tartiflette. En réalité, c’est un peu plus subtil que ça. En fait, j’écris sur ma vie comme on badigeonne de la moutarde sur un blanc de poulet. Je vis plus ce que j’écris que je n’écris ce que je vis. Mes points d’interrogation me taraudent, mes points d’exclamation me font sursauter et je m’aggripe d’une main crispée sur mes propres points de suspension.
La ponctualité c’est mon point faible, et quand je suis pressé, je tape à toute vitesse. Du coup, je finis mes phrases trop longues tout essouflé, avec un point de côté. C’est un véritable sport, et même pour ceux qui ne font pas dans l’alexandrin, il faut la tête et les pieds. Moi, je fais plutôt des pieds et des mains pour me pointer à l’heure en partant à l’heure où je devrais arriver qui est, comme par hasard, l’heure de pointe.
Dans ces cas-là, soit je m’énerve, soit je cours, les poings resserrés. Mais c’est bien, je crois même que j’en ai besoin, finalement. Ça doit évacuer des hormones mâles ou je ne sais quel instinct primitif… Moi qui aime mettre un point d’honneur à arriver au rencart à l’heure (je ne suis plus à un paradoxe près), j’ai l’impression qu’à chaque minute qui passe, je baisse d’un point dans l’estime de mon rencart. Embouteillé, coincé, Je klaxonne, le pied gauche désepérément enfoncé et le pied droit tremblant, pieds et points littéralement liés. C’est, vous en conviendrez, une situation embarrassante, mais dont mon masochisme s’ac-corde à merveille.
Pour arriver à l’heure, je suis souvent obligé de courir ; hélas ce n’est point mon point fort non plus. D’autant plus que cette course est souvent ponctuée de point-virgule. Oui, le point-virgule revient à ma mode, sous forme de SMS demandant en substance : “Keske tu foo ??”. J’ai beau avoir des pieds puissants, agiles et délicatement parfumés, je ne suis pas un superhéros. Je cours pour être au point de rendez-vous, à l’heure donnée, comme si ma vie en dépendait (on ne sait jamais). Et me voilà, cuit, grillé, mais pas à point.
Une fois arrivé, je suis en point de mire pour une bonne mise au point. Oui, je vois au loin, poindre les exclamations et les apostrophes. Je pourrais profiter de mon temps de retard pour préparer une bonne excuse, malheureusement, le stress du retard nuit à mon imagination. Après l’heure, c’est encore l’heure, celle du point sur les “I” ou du poing dans les glaouis. Non, je plaisante, ce poing-là est comme un point, il sert juste à mettre du rythme, du suspense. Il ne vaut mieux pas le prendre au sens propre, parce que ça risque de couper le souffle…
Bref, point trop n’en faut, un point c’est tout. A tel point que lorsqu’enfin la phrase interminable se termine, j’inspire une grande bouffée d’air, comme si j’écrivais en apnée. Je suis peut-être occis mais pas gêné. D’ailleurs, il en va de la ponctualité comme de la ponctuation, tout vient à point pour qui sait m’attendre.
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