La promotion petits fours

Date20 Feb 2008

En ces temps difficiles où l’ascenseur social est en panne et l’escalier condamné, je tiens à vous délivrer un petit message d’espoir. C’est  l’histoire d’un destin unique, une success-story à la Jérôme Kerviel, la conjonction improbable d’un brin d’opportunisme, d’une once de talent et surtout, de très peu de courage.

Salvatore a poursuivi des études mais c’était plutôt les études qui lui couraient après. Il n’était pas souvent en cours, il optimisait son parcours. D’ailleurs, il avait choisi la filière “Arts du spectacle” car il savait qu’il y avait des débouchés, beaucoup de débouchés, des litres de débouchés. C’était la belle vie, ne rien faire, hormis boire et fumer. Si en licence il a choisi l’option “Prestidigitation”, c’était pour mieux disparaître des bancs de la fac, “pouf !” dans un nuage de fumée.

Lorsque le CROUS ne voulut plus de lui, Salvatore se retrouva à la rue, il fût donc obligé de trouver un travail. Ses quelques bases théoriques en magie et son caractère bordélique le destinait naturellement vers le cirque. Le patron du cirque Bordini qui était une petite start-up en plein développement accepta de l’embaucher : “Bon d’accord, un gros boulet comme toi, ça peut faire l’affaire comme homme-canon”. Bien sûr, c’était un boulot très dangereux et peu valorisant, mais être “homme-canon” c’est déjà une belle revanche sur le destin quand on a un physique peu avantageux.

Le métier d’homme-canon ne nécessite aucune compétence particulière, il était donc un excellent homme-canon, peut-être même le meilleur. Et puis, il aimait ça. A vrai dire, c’était assez naturel chez lui, d’avoir le feu au derrière et la tête en l’air. Mais dans les métiers du cirque, la flexibilité n’est pas réservée aux contorsionnistes et Salvatore fut tour à tour cracheur de feu, jongleur, dresseur de tigres, ventriloque et enfin magicien.

Puis, un jour, la réputation de Bordini fût écorchée par la griffe du destin. Des tigres s’étaient échappés de leur cage et avaient dévoré quelques enfants au passage. Bordini SARL dût en assumer la responsabilité limitée et déposer le bilan. Après avoir été licencié en Arts du spectacle, Salvatore fut licencié du spectacle dans les règles de l’Art, c’est-à-dire à coups de zavatta. Commence alors une période sombre pour Salvatore, période de RMI, entre quelques tours de pickpocket et de rares missions d’homme-canon en free-lance. Et c’est à ce moment-là que l’enfant de la balle rebondit :

- “Pourquoi voulez-vous travailler dans notre banque ?”

- “Euh… ben, j’ai vu que vous recrutiez beaucoup en ce moment, alors… Et puis, j’aime bien faire la banque, au Monopoly.”

- “Pourquoi notre banque et pas une autre ?”

- “Ben… c’est une grande banque, une banque connue, et tout… et ça c’est bien. J’aime bien.”

- “Hum, je vois. Qu’est-ce que vous savez faire mieux que personne ?”

- ” Euh… je sais faire sortir un mouchoir de la narine droite d’une vieille dame, par exemple. Je sais aussi changer un billet de 20 € en pièces de 2 (en prenant mon pourboire, bien sûr) et d’autres illusions et tours de passe-passe.”

- “Ah, intéressant. Vous savez, en tant que banquiers, les tours de passe-passe c’est un peu notre métier. Dîtes-moi, vous ne sauriez pas faire disparaître des gens par hasard ? Ma supérieure, la DRH est une sale &#$/!%§ qui me fait faire tout le sale boulot. C’est à cause d’elle que je dois me coltiner les entretiens d’embauche de tout un tas de guignols dans votre genre.”

- “Ah non, je n’ai pas fait marionettiste, désolé. Je ne sais pas non plus faire disparaître des gens, mais j’ai déjà un tour absolument scie-dérant qui consiste à découper une femme en plusieurs morceaux.”

- “Oh ? Et ça marche à tous les coups ? Non parce qu’elle est coriace la vieille carne !”

- “Pour le découpage, oui, le plus délicat c’est de recoller les morceaux.”

- “Ça, ce n’est pas un problème. Hé bien, cher Salvatore, j’ai l’honneur de vous annoncer que vous êtes embauché !”

- “Merci Monsieur ! Vous ne le regretterez pas ! Sinon, euh… c’est payé combien la passe.”

- “Ah mais je vous l’ai dit, dans l’industrie bancaire nous sommes généralement rémunéré à la commission, pas à la passe.”

- “Excusez-moi, parfois ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre, déformation professionnelle.”

- “Ah ah, je sens qu’avec vous, on va se fendre la poire à coups de hache !”

- “Ben oui, justement… surtout la DRH.”

- “Et puis, en tant que manager, trancher c’est un peu mon métier.”

Salvatore s’occupa de celle qui aimait tant tailler dans le vif et le recruteur fut promu canif à la place du canif. Il organisa une petit réception pour célébrer cette promotion et la DRH en rondelles eut un succès retentissant, couchée sur les petits fours. Et c’est ainsi que Salvatore passa de magicien-pickpocket à gérant de portefeuilles dans une des plus grandes banques de France.

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8 Commentaires pour “La promotion petits fours”

  1. Saoulfifre dit:

    Un clown chasse l’autre.

  2. Tant-Bourrin dit:

    Après la gestion des ressources humaines, la digestion des ressources humaines ! ;)

  3. Frenchmat dit:

    Salut Saoulfifre,
    Pourtant, ceux là n’avaient pas fait l’école du rire.

    Salut Tant-Bourrin,
    Ressources humaines ? Tu veux dire des protéines, des glucides, par contre elle était peut-être un peu grasse…

  4. Berthoise dit:

    ça c’est de la succes story, mais je ne suis pas sûre que ce soit très rassurant.

  5. Frenchmat dit:

    Hello Berthoise,

    Ah bon ? Ah ben je fais ce que je peux, hein :)

  6. damien dit:

    excellent… sens propre dans de sal drap, mais figuré !!! si je peux dire :)

  7. manou dit:

    Voilà comment j’ai troquer mon poste de DRH contre une place en enfer, avec Brad pitt : )

  8. Frenchmat dit:

    Bonjour Damien,
    Ou défiguré :)

    Hello Manou,
    Je ne sais pas qui fait les entretiens d’embauche pour l’enfer, mais apparemment il est plein de ressources !

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